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Liberté sur Paroles – Emission 15 juin

Entre 8 et 9h Eugénie Barbezat reçoit Anne Rambach, auteur du livre « Les Nouveaux Intellos Précaires » paru aux editions Stock
nouveaux_intellos_precaires_couv1Dans « Les Nouveaux Intellos précaires » Anne et Marine Rambach passent en revue l’évolution du travail dans les secteurs de la presse, de l’édition, de la recherche, de l’Education et de la culture. Leur constat est accablant : la précarité de cette « nébuleuse de travailleurs de l’intellect qui partagent un certain sort dans le monde du travail contemporain » s’agrave. Et les syndicats et les partis de gauche ne se sont toujours pas vraiment emparés du sujet.

L’intello précaire, c’est la victoire du libéralisme, le rêve du Medef. Mais c’est aussi une des plus belles preuves de la survie de l’individu devant la barbarie libérale : « Excessivement libéraux pour les analystes de gauche car ils se livrent à une concurrence sauvage dans un environnement largement déréglé, excessivement marginaux pour les analystes de droite qui voient en eux d’abord des opposants à la sacro-sainte culture d’entreprise. » L’intello précaire est un travailleur hard-discount. Il est auteur, éditeur en free-lance, journaliste pigiste, correcteur, nègre, photographe, enseignant non-titulaire, doctorant surdiplômé partant exercer à l’étranger. Souvent, il cumule plusieurs de ces « statuts ». Il ne connaît pas les RTT, les remboursements de frais, les congés payés, les tickets resto, ni les arrêts-maladie, et ne les connaîtra plus jamais. Obligé d’avoir plusieurs activités en même temps, il est harassé par le travail mais ne gagne pas plus. Il travaille pour garder du travail. Il a parfois des fréquentations mondaines, un sérieux prestige, une force d’abattage remarquable, et un style de vie apparenté bobo. L’intello précaire est passionné, dopé à la survie. Il croit en la connaissance par le style, le goût, le courage et le distinction. Quand un intello précaire rentre seul d’un dîner en ville, il ne dort pas : il travaille.

Parmi les secteurs concernés, la presse. Pour les journalistes, les critères d’obtention de la carte –la majorité des revenus doivent être issus de la presse paritaire, celle qu’on trouve en kiosque et en ligne- excluent ceux qui sont obligés d’avoir une autre activité pour vivre. De très nombreux pigistes doivent en effet recourir à d’autres métiers pour compléter leurs revenus : romanciers, correcteurs ou lecteurs dans l’édition, avoir recours à une activité au noir, travailler dans l’évènementiel, ou bien nègres littéraire. Le revers de la médaille : ce genre de journaliste doit travailler vite et bien. Mais les enquêtes, les sujets approfondis, une approche sereine du temps de préparation, la lecture d’un livre par jour en moyenne (dans mon propre cas), sont inconciliables avec ce « vite et bien ».
Qui convient mieux à un sprinter du 100 mètres qu’à un travailleur du cerveau.

Un journaliste doit suivre le feu de l’actualité, mais le sérieux de son travail repose aussi sur la distance qu’il établit, dans son papier, entre l’actualité et la vérité, le réel et le compte-rendu du réel. Pour un pigiste, le compte ne sera jamais rendu. A lui de faire qu’il soit bon. Ce qu’un journaliste précaire apprend sur lui-même : une nouvelle approche des notions de travail, de sérénité, de vie privée, d’espace-temps, de santé, l’importance du sport. Le pigiste subit de plein fouet la contradiction de la crise du secteur : vu la multiplication des pigistes, il a plus de chances d’avoir des sujets à réaliser, sans participer autant qu’avant -faute de temps, car il doit travailler pour plusieurs publications- à la vie rédactionnelle et interne de ses journaux. Une partie du livre est consacré à la mutation de la presse, aux nouveaux sites d’informations. Si elles accueillent avec joie la révolution de la presse que sont ces nouveaux organes, Anne et Marine Rambach pointent également le coût social considérable de la gratuité revendiquée sur le web, et le fait qu’il n’y a d’autres moyens pour le moment que d’avoir recours aux statuts vulnérables et au bénévolat.

Ecoutez l’émission du 15 juin 2009 – première heure

Ecoutez l’émission du 15 juin 2009 – deuxième heure

3 Commentaires

  • Mouni dit :

    Je n’ai pas lu l’ouvrage mais, à lecture de l’article, une question me turlupine. Comment valider l’affirmation que la précarité « s’étend » chez les intellectuels, sans un rigoureux travail de cadrage. Des notions aussi flous que « précarité » ou « intellos » demandent à être pré-définies, non ? Et que choisit-on pour mesurer le « niveau » de précarité ? Le sentiment des-dits intellos précaires ? Hum … Dangereux, non ? Y-a-t-il dans le livre des éléments objectifs, des résultats d’enquête sur des temps de travail et des revenus ?

    • ouranos dit :

      Ah, les sacro-saintes statistiques ! Vous n’écrivez pas le mot mais ça vous démange. Croyez-vous vraiment qu’avec de l’attention et un esprit ouvert, on ne puisse pas au moins pointer une tendance, surtout quand elle a cette ampleur !

  • Eugénie Barbezat dit :

    En 2001 les 2 auteurs ont déjà publié un ouvrage sur le même sujet : « les intellos précaires » chez fayard. Dans le livre paru cette années, elles ont réinterrogé une partie des témoins qu’elle avaient déjà rencontrés pour leur première enquête.
    C’est je pense à partit de cet « échantillon » qu’elle affirment que la précarité s’étend. Ce constat est aussi basé sur des chiffres (nombre de pigistes, d’auteurs, de travailleurs indépendants…;
    Ceci dit il s’agit d’une « enquête » journalistique qui n’a pas la rigueur d’un travail sociologique universitaire. Je ne manquerai pas d’interroger Anne Rambach lundi à la radio sur les questions de méthodologie. Je vous invite donc à écouter l’émission le 15 juin prochain entre 8h et 9h en direct sur le 93.1 FM (à Paris et en Ile de France) ou en steaming sur http://www.aligrefm.org


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