Livres, Radio : émissions 2013

Derrière les chiffres de l’immigration : des parcours de vies !

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nadia hathroubi

C’est à travers une galerie de portraits que  Nadia Hathroubi-Safsaf dynamite les idées reçues sur les Français venus d’ailleurs dans « Immigrations plurielles, témoignages singuliers« , un livre utile et poignant paru, aux éditions Les points sur les i, dans la collection Mise au point.

Dans la première partie de l’ouvrage, l’auteure revient rapidement sur l’histoire des flux migratoires, d’abord intra-européens (Pologne, Belgique, Italie),  puis en provenance des anciennes colonies françaises (à la demande des autorités françaises, car l’économie de notre pays manque alors de bras), et plus récemment composé de migrants venus d’Asie. Un rappel d’autant plus nécessaire que l’histoire de l’immigration est peu présente dans les manuels scolaires, un manque qui laisse trop souvent la place à de fausses affirmations sur le sujet, qu’elles émanent de la classe politique ou des médias… Ainsi, par exemple, sait-on que seulement 8,4% des résidents français sont immigrés ?  Et que, parmi eux, 20% vivent en France depuis au moins quarante ans ? Des chiffres sans rapport avec la place démesurée que l’on accorde à cette population quant il s’agit de la stigmatiser et de la transformer en bouc émissaire !

Dans la deuxième partie de son livre, Nadia Hathroubi-Safsaf nous invite à faire la connaissance d’hommes et de femmes à qui elle a su, avec pudeur, faire raconter leurs souvenirs, parfois terribles, mais où, toujours, le courage et l’instinct de survie dominent. Ainsi, en suivant les parcours de  Juan, venu d’Espagne à pied en 1939, à 15 ans pour échapper au régime franquiste qui avait fait de lui un orphelin ; d’Anna, d’origine polonaise,  arrivée en France en 1948 après avoir été déportée par les Nazis durant la seconde guerre mondiale, puis « enfermée à l’Ouest », les siens étant restés de l’autre coté du rideau de fer ; de Jian, le Chinois, qui a vécu comme un esclave durant plusieurs années dans un atelier de confection clandestin à Paris avant de se construire une vie libre et digne ou encore de Fatéma, la Marocaine dont la cuisine est aujourd’hui reconnue dans le monde entier, on ouvre un œil neuf sur les visages qui composent aujourd’hui notre pays.

En nous offrant leurs histoires, ces personnes nous aident à mieux comprendre l’Histoire. Aussi, ils témoignent presque tous d’un certain nombre de valeurs communes à ceux qui ont dû « construire leur vie à main nue » en ne comptant que sur eux-mêmes. La plupart ont fait tous les métiers, dans des conditions d’exploitation certaines. Un autre point commun à ces hommes et ces femmes est leur extraordinaire capacité à prendre des risques, notamment celui de monter une entreprise. Une manière sans doute d’être enfin son propre patron et de ne dépendre de personne… C’est la même chose pour le logement : avoir une maison à soi est une constante…. et une fierté pour ceux qui sont arrivés sans rien ou presque en France. Ainsi ceux qui ont choisi la France, bien plus souvent que la France ne les a choisis, ont appris à l’aimer, ou pas. Mais tous respectent les règles de ce pays et ont éduqué leurs enfants dans le respect des valeurs républicaines, leur intimant souvent de « ne pas se faire remarquer »…

Et justement, dans la troisième partie de l’ouvrage, l’auteure, elle-même fille de parents immigrés, raconte à travers différents exemples, les parcours des enfants de ces migrants. Leurs trajectoires sont diverses, pas toujours « exemplaires »… Certains ont fait de brillantes études (c’est le cas de Nadia Hathroubi-Safsaf, actuellement rédactrice en chef du Courrier de l’Atlas), d’autres pas. Certains ont un engagement citoyen, d’autres non…  Leurs rapports à l’histoire familiale oscillent entre une légitime admiration _le courage de leurs parents peut sans doute aussi avoir quelque chose de paralysant…_ et un sentiment diffus d’injustice… Sans que ce soit dit dans le livre, on ressent un grand désir de la part de la « seconde génération » de voir reconnue cette histoire et en même temps la revendication d’un droit à l’indifférence, c’est à dire à la non-discrimination pour eux, nés en France et trop souvent stigmatisés.

Utile, ce livre l’est assurément, car en plus de nous faire découvrir avec pudeur et sensibilité des parcours singuliers, il a libéré la parole au sein des familles dont il dresse les portraits mais aussi, sans aucun doute, dans celles des lecteurs !

 

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