Radio : émissions 2012

Qui a peur de Thérèse Clerc ?

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Thérèse Clerc n’est pas une vieille comme les autres. D’ailleurs à 85 ans cette Montreuilloise belle et rebelle,militante féministe de longue date, est bien plus jeune et vive que bien des trentenaires. C’est elle qui a imaginé et porte depuis plus de 13 ans un projet original de maison de retraite  autogérée, réservée aux femmes, pour permettre aux résidentes d’apprendre à vieillir ensemble, en se préservant de la dépendance physique et intellectuelle. La Maison des Babayagas ouvrira en octobre prochain au cœur de la ville de Montreuil. « La Baba Yaga est une sorcière mi blanche mi noire de la mythologie slave. J’ai trouvé que ce nom nous conviendrait bien, même si l’on ne croquera pas les enfants, plaisante Thérèse.  Cette demeure sera un lieu de vie pour vieilles qui veulent rester bien vivantes jusqu’à la mort ». Au total, 21 résidentes qui souhaitent vivre leur vieillesse dans un endroit chaleureux et solidaire, loin de la solitude qui constitue le lot commun de bien des personnes âgées dans notre société, emménageront dans la Maison au mois d’octobre prochain. « Chacune aura son appartement, dont le loyer oscillera entre 205 et 400 euros. Nous disposerons, en bas de l’immeuble, d’un espace de 120 mètres carrés pour organiser les universités populaires ». Il n’y a pas d’âge pour apprendre et exercer son intellect.  Thérèse Clerc qui souhaite mettre en place des débats, avec des intervenants que les résidentes choisiront ensemble, sur des thèmes comme la vieillesse, la mort, mais aussi la décroissance ou d’autres sujets de société. D’autres collectifs de la ville seront également invités, pour échanger les connaissances et les expériences. Bonne vivante, elle prévoit déjà des repas et des apéros de quartiers, en accord avec la devise de la Maison, visible sur le site la Maison des Babayagas : « vieillir vieux c’est bien, mais vieillir bien c’est mieux ». Les quatre piliers sur lesquels reposera la maison sont la solidarité, la citoyenneté, l’écologie et l’autogestion. En s’installant, toutes les résidentes s’engagent à participer collectivement à la vie de la maison et à l’organisation des universités populaires. Le travail collectif a d’ailleurs déjà bien commencé. Si Thérèse Clerc porte une grande part du projet, elle est fortement épaulée par ses compagnes : « certaines sont douées en informatique, d’autres portées sur le juridique. Moi je suis celle qui répand la bonne nouvelle des Babayagas ». La Maison n’accueillera que des femmes. « En tant que féministe, j’estime que la non mixité est plus propice à l’expression et à l’épanouissement des femmes », justifie-t-elle. Hélas, à ce jour, le nom de Thérèse n’est pas ne compte pas parmi ceux des futurs locataires. En effet la Mairie de Montreuil, lui refuse l’accès à ce logement « social », tant qu’elle reste propriétaire de son petit logement … Un appartement dans lequel elle vit depuis plusieurs décennies et qu’elle tient à conserver « au cas où la vie en communauté me pèserait trop, à la longue ». Plusieurs demandes de dérogation ont été envoyées… Avec toujours la même réponse négative. L’initiatrice du projet ne pourra vivre dans l’établissement pour lequel elle se bat depuis 13 ans ! Lire la suite et partager »

Radio : émissions 2012

Halte aux lois d’exception et aux contre-sens à propos des Rroms migrants.

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Cécile Poletti précise tout de suite l’approche qui est celle de la CIMADE : « Nous avons très rapidement fait le choix de ne pas aborder cette question sous l’angle « minorité ethnique Rroms » ; d’une part parce que les personnes que nous rencontrions dans nos permanences ne se présentaient pas comme des « Rroms » mais comme des citoyens de l’Union et d’autre part parce que la République française, une et indivisible, se refuse à reconnaître des droits aux individus du fait de leur appartenance à une « minorité ethnique » ».

La question des discriminations dont ces populations sont victimes du fait de leur appartenance à une minorité est réelle, que ce soit dans leur pays de nationalité ou dans d’autres états européens. Ces traitements discriminatoires doivent être – bien entendu – dénoncés et combattus.  Mais, en France, il faut d’abord accompagner ces personnes dans la défense de leurs droits fondamentaux, attachés à leur statut de citoyens de l’Union européenne. Pour cela il faut lutter contre les préjugés qui les enferment dans une « exception culturelle » qui tend à justifier des lois d’exception. Non, les Roms romains et bulgares ne sont pas des Nomades, beaucoup n’avaient et jamais vécu en caravane avant de s’exiler (la confusion avec les « gens du voyages » est trop souvent faite)… Oui, ils aspirent à une vie « normale » avec un travail et des enfants qui vont à l’école ! Le contexte politique, notamment le discours de Grenoble, prononcé par le Président de la République Nicolas Sarkozy en juillet 2010, et le contexte juridique, deux circulaires du ministère de l’Intérieur, du 24 juin et du 5 août 2010, appelant à « une démarche systématique de démantèlement des camps illicites, en priorité ceux des Roms », ont entretenu les préjugés et les confusions dans l’esprit de l’opinion publique et des acteurs publics. Bien qu’annulée en septembre 2010 compte tenu des réactions européennes et internationales, la circulaire du 5 août 2010 a produit ses effets. Au fil des démantèlements des terrains, les préfectures ont notifiées massivement des obligations de quitter le territoire français (OQTF) aux ressortissants bulgares et roumains présents sur ces lieux. La politique d’éloignement est devenue un outil pour traiter la question de l’occupation illégale des terrains. Cette politique d’éloignement du territoire français telle qu’elle a été déclinée sur les terrains était contraire au droit. D’abord parce que les vérifications d’identité et les notifications de mesure d’éloignement se sont faites de manière collective et stéréotypée, sans examen individualisé et sérieux, sans respect du secret, de l’intimité et de la dignité des personnes. Ensuite, au regard de ses objectifs : cette politique d’éloignement, de lutte contre une immigration qui serait illégale, est devenue un outil pour traiter la question de l’occupation illégale des terrains. Concrètement, il s’agit de contourner les délais accordés par le juge judiciaire aux occupants des terrains pour quitter les lieux en notifiant à ces mêmes occupants des obligations de quitter le territoire français, dont le délai de départ volontaire est d’un mois maximum ; ce délai dépassé, l’exécution d’office de l’OQTF, le retour forcé, peut être décidé par la préfecture. Les préfectures se livrent à un détournement de pouvoir et de procédure. Ce qu’il faut comprendre c’est que le contexte juridique et politique dans lequel s’exercent les droits des citoyens Bulgares ou Roumains est particulier. Parce qu’ils sont des citoyens européens, ces ressortissants bénéficient d’un droit fondamental à la libre circulation et au séjour, à la différence des ressortissants de pays tiers à l’union européenne. Qui dit droit fondamental dit protection élevée de ce droit en ce sens que l’État d’accueil ne peut porter atteinte à ce droit (par une mesure d’éloignement par exemple) que s’il y est contraint pour défendre un de ses intérêts fondamentaux tels que l’ordre public, la santé publique ou les finances publiques. L’éloignement d’un citoyen de l’Union par un État membre doit répondre à une menace réelle, actuelle et grave relevant exclusivement du comportement de l’intéressé. Une politique d’éloignement, fondée sur des raisons de prévention générale, comme cela est le cas en droit commun des étrangers, est interdite à l’encontre de citoyens européens, dans le cadre des engagements des États membres de l’Union. L’éloignement d’un citoyen de l’Union par un État membre doit répondre à une menace réelle, actuelle et grave relevant exclusivement du comportement de l’intéressé. Éloigner du territoire, sous couvert d’un retour humanitaire ou par un retour forcé, un citoyen de l’Union européenne qui dispose d’un droit fondamental à la libre circulation, à la mobilité économique notamment est absurde, sans compter qu’elle est destructrice des efforts engagés par ces concitoyens pour s’insérer en France : scolarisation des enfants, liens avec les acteurs de terrain, associatifs ou institutionnels (assistantes sociales notamment) dans des dynamiques de travail, d’apprentissage de la langue française, d’accès à la santé … Lire la suite et partager »

Livres, Radio : émissions 2012

Rencontre avec Didier Daeninckx, écrivain pour qui les luttes joyeuses n’en sont pas moins fertiles.

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Le bus me dépose à Aubervilliers, au bord d’une route départementale. Après quelques hésitations, je m’engage dans une rue aux maisons délabrées, pour certaines, même, à l’abandon… Passé le premier virage, le paysage s’urbanise quelque peu : je passe devant un collège, un centre de formation professionnelle, puis m’arrête devant le numéro que j’avais noté sur mon carnet. Le nom de Daeninckx sur la boîte aux lettres me confirme que c’est la bonne adresse.

Quelques instants après mon coup de sonnette, la porte s’ouvre sur l’homme aux cheveux mi-longs et aux yeux de chats dont j’avais vu l’image sur la quatrième de couverture du « Banquet des affamés ». Il retient tant bien que mal par le collier Dillo, une jeune épagneule bretonne pleine de vie. Précédés par la chienne, nous montons les deux étages de sa maison de ville pour atteindre son bureau. Un espace clair et calme, fonctionnel et assez dépouillé. Manque l’incontournable et pléthorique bibliothèque devant laquelle posent souvent les plumitifs… Ici les livres s’écrivent, parfois durant plus de dix heures par jour, me confiera Didier Daeninckx au cours de la discussion, mais, manifestement, ils ne s’exposent pas ! L’endroit est décidément très sympathique. L’entretien peut commencer ! Lire la suite et partager »

Expositions, Radio : émissions 2012

Marc Perez entre débordement(s) et art de la fuite !

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Écoutez l’émission du 1er octobre avec Marc Perez

A l’occasion de la présentation de ses œuvres à la Galerie Felli, qui lui consacre une exposition personnelle jusqu’au 27 octobre, le peintre et sculpteur Marc Perez a accepté de se livrer au micro de « Liberté sur paroles ».

Il revient sur son parcours et ses aspirations en tant que peintre, parle, avec retenue, de la peinture, de son rapport à la matière, aux mots…. Et porte un regard acéré sur le  « milieu » de l’art contemporain.

De ses œuvres, Marc Perez renâcle à donner des clés, peut-être par superstition, préférant les livrer brutes au(x) regard(s) des visiteurs. Curieux cependant des interprétations  de chacun, l’artiste prend ainsi la mesure de « ce qui est passé par lui ».

Son atelier est une sorte de lieu exutoire, de chaos fertile où des phrases inspiratrices sont inscrites sur les murs, qui servent aussi de palette. Ici, règne un parfum de liberté reconquise,  propice à la création que Marc Perez ressent comme un élan vital. Nécessaire. Irrépressible.

 

 

 

 

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Emissions en partenariat avec la revue "Hommes et Migrations", Radio : émissions 2012

L’immigration : une chance pour l’école !

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Écoutez l’émission du 1er octobre avec Marie Poisot,Kamel Kateb, Bernardo Toro, Nadine Croguennec-Galland et Inès

Un petit mois après la rentrée scolaire, nous avons choisi, dans cette émission en partenariat avec la revue Hommes et migrations d’aborder la problématique des migrations à l’école à travers plusieurs axes :

– les idées fausses sur la scolarisation des enfants de migrants,

-les atouts du multilinguisme et plus généralement de la présence des enfants de migrants pour l’école,

-la manière dont l’histoire de l’immigration est abordée dans les programmes scolaires et les projets mis en œuvre dans les établissements scolaires pour rendre compte de l’altérité, de la diversité des cultures, de la mémoire des migrations.

Pour en parler, avec Marie Poinsot nous avons réuni sur ce plateau :

Kamel Kateb, chercheur démographe à l’Ined, qui travaille sur les caractéristiques de l’immigration algérienne en France et a contribué au dernier dossier le revue France-Algérie : le temps du renouveau,

Bernardo Toro, écrivain d’origine chilienne, qui évoquera une expérience de résidence d’écriture de la région Île-de-France, avec différentes sections du lycée Jean Rostand et leurs enseignants. Son intervention était au cœur d’un dispositif pluridisciplinaire, depuis la littérature à la musique en passant par le théâtre et la vidéo. Trois axes étaient abordés : l’exil et la construction de soi, l’invention littéraire et la réalité sociale, l’effondrement des certitudes. Il a donné lieu à la rédaction de nouvelles par les élèves, publiées dans un recueil intitulé Rue Saint Ambroise.

On entendra également le témoignage de Nadine Croguennec-Galland professeure coordonnatrice du CASNAV*à Paris.

*Centre académique pour la scolarisation des élèves nouveaux arrivants et enfants du voyage. Auteur de

La classe au bout du voyage. le quotidien de jeunes migrants raconté par leur professeur. Éditions L’Harmattan, 2009.

« Ma classe n’est pas tout à fait comme les autres classes, mes élèves ne sont pas tout à fait comme les autres élèves. Ils viennent du monde entier, ils ont souvent traversé des océans, des déserts, des continents… Pour arriver jusqu’ici, ils ont voyagé légalement ou clandestinement, confortablement ou dans les pires conditions. Ma classe est une classe d’accueil, j’y reçois tous les élèves sans distinction, avec ou sans papiers. »

A travers les récits croisés de ses élèves, l’auteure nous invite à partager avec émotion le parcours de jeunes migrants arrivés en France, souvent au péril de leur vie, et pour qui l’école représente l’espoir d’une nouvelle vie. Et on entendra également une élève d’une école du 20e arrondissement parisien qui nous racontera comment est perçu la diversité culturelle au sien de sa classe.

On entendra également, Inès, une élève d’une école du 20e arrondissement parisien qui évoquera la manière dont la diversité culturelle se vit au sein de sa classe. Lire la suite et partager »

Livres, Radio : émissions 2012

Olivier Clement… un photographe en campagne !

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En allant à la rencontre de militants, en gardant ses distances par rapport à celui qui était le centre de toutes les attentions, en captant le regard d’une personnalité, entourée par la foule, en pointant  parfois son objectif vers les coulisses  des évènements, le photographe Olivier Clément porte un regard périphérique sur la campagne présidentielle de François Hollande.

Peut être est-ce d’ailleurs le meilleur moyen de cerner le candidat devenu président…

De ce travail documentaire est né : « François… »  un livre  regroupant une sélection de ces de photos en noir et blanc réalisées d’octobre 2011 à mai 2012. L’ouvrage, à couverture souple et doté d’une mise en page originale, avec une économie de mots, parce qu’une bonne image « ça parle sans avoir besoin de sous titres ! », est à commander sur le site du photographe.

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Films, Radio : émissions 2012

Porter à l’écran la mécanique infernale du harcèlement

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Dès les première images, les premiers mots prononcés, le suspens quant à l’issue du film (dont le point de départ est un fait divers) crée un état de tension chez le spectateur…. Une réceptivité particulière qui va lui permettre de suivre, pas à pas les étapes d’un processus de destruction infernal.

Dans Harcelé à perdre la raison, Daniel Kupferstein retrace la lente « descente aux enfers » de Jean-Michel Rieux, employé communal dans le service Parc s et Jardins de la ville de Béziers grâce aux témoignages des membres de la famille, des amis et des collègues de travail.

C’est ainsi l’occasion à travers l’analyse des causes de ce drame qui a eu une conclusion tragique en 2003, de décortiquer toute la mécanique du harcèlement. Et de comprendre intimement que « cela peut arriver à chacun d’entre nous ! »

 

 

 

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Films, Livres, Radio : émissions 2012

Shlomo Sand et Camille Clavel décriptent la politique expansionniste israëlienne.

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Le réalisateur Camille Clavel, est parti en Israël, armé de sa caméra, d’autant de détermination que d’ouverture d’esprit, et pas mal d’interrogation avec pour objectif de répondre à cette question prépondérante qui est devenue le titre de son film : Vers où Israël ? Tandis que les images et les témoignages (dont celui de Shlomo Sand), s’enchainent, on comprend que le chemin vers une paix juste et raisonnable risque d’être encore long, très long, à moins que l’on n’en perde , jusqu’à la trace sous quelques ruines et décombres.

La force du film, c’est la liberté de ton des protagonistes de tous bords qu’a choisi d’interroger Camille Clavel. A travers leurs voix on perçoit que plus encore qu’un « monde » plus infranchissable encore qu’un mur rehaussé de barbelés, les sépare. Mais, à la fin du documentaire, quelques exemples de lieux où vivre ensemble est possible, et souhaité, par les Israéliens et les Palestiniens redonne la force d’espérer.

Pour voir le film de Camille Clavel, rendez-vous sur le site de courrier international où il est disponible gratuitement.

Quant à l’historien Shlomo Sand, il s’indigne : « Israël a le droit d’exister mais pas celui d’occuper depuis 45 ans une population entière d’aujourd’hui 4 millions de personnes à qui sont déniées à la fois le droit à l’autodétermination et à la souveraineté, et les droits politiques, civiques, syndicaux des citoyens israéliens. C’est insupportable. On ne pourra pas vivre avec cette situation d’apartheid dans les territoires occupés, avec les routes, les logements séparés. Quant à Israël, les Arabes, qui représentent 25% de la population, y vivent une ségrégation ». Cet historien israélien, qui a passé les deux premières années de sa vie, en 1946-47, dans des camps de réfugiés juifs polonais en Allemagne a publié en 2008, Comment le peuple juif fut inventé, une étude cherchant à prouver que le récit sioniste qui a légitimé la création d’Israël trahirait la réalité. Selon lui, l’histoire selon laquelle les juifs forment un peuple uni par une même origine et possédant une histoire commune remontant aux temps bibliques est un mythe élaboré au 19° siècle. En réalité, le judaïsme aurait traversé les âges surtout du fait de conversions, parfois par tribus ou clans entiers. « J’ai voulu expliquer que les ancêtres des juifs n’étaient pas les Hébreux, de même que les ancêtres des Français ne sont pas les Gaulois, explique-t-il. Malheureusement, beaucoup d’Israéliens aujourd’hui croient qu’ils sont les descendants directs de David et de Salomon » Shlomo Sand vient de publier Comment la terre d’Israël d’Israël fut inventée, un ouvrage qui remet en cause la vision messianique d’une terre promise à un peuple élu. Un ouvrage qui montre comment l’histoire est utilisée pour affirmer ou contester la légitimité des Israéliens ou des Palestiniens sur la même terre du Proche Orient. « Je nie le droit historique des juifs sur la terre de Palestine parce que je suis contre le concept de droits historiques. De même, je n’accepte pas que les Serbes invoquent des droits historiques sur le Kosovo. Et si l’État d’Israël a finalement été créé, ce n’est pas comme fruit d’un droit historique. Sa base, c’est le malheur, c’est l’Europe qui a craché les juifs »

« L’Etat d’Israël ne peut-être à la fois démocratique et juif, car 25% de sa population n’est pas juive » , assène cet ancien étudiant à Paris. Je suis bien sûr d’accord pour qu’Israël soit un État refuge pour les juifs persécutés pour des raisons ethniques ou religieuses. Mais je suis contre l’idée d’un État des juifs pour tout le « peuple » juif. Et je suis stupéfait quand des juifs vivant à New York ou Paris se permettent en plus de justifier la politique expansionniste d’Israël »

Partisan de la paix avec les Palestiniens, Shlomo Sand bute sur une difficulté morale et politique, la question des réfugiés. « Il n’y aura pas d’accord sans qu’Israël reconnaisse la Nakba, la « catastrophe » de l’expulsion des Palestiniens en 1948, ce qui enclenchera un processus d’indemnisation » prévient-il. Mais tout comme, intellectuellement, je m’oppose au concept de droit au retour des juifs, je ne peux accepter la reconnaissance d’un droit au retour des réfugiés palestiniens en Israël. Car on ne peut à la fois reconnaitre le droit à l’existence d’Israël et le droit au retour de 5 millions de réfugiés et descendants de réfugiés vivant à travers le monde. Ce serait la fin d’Israël : Je respecte le rêve du retour. Mais le rêve n’est pas une solution politique, insiste ce citoyen israélien. Je trouve qu’il est aussi criminel d’apprendre aux petits Palestiniens des camps qu’un jour, ils reviendront à Haïfa ou à Jaffa, que d’apprendre aux petits judéo-Israéliens que la Nakba n’a jamais existé. Il faudra permettre le retour de quelques-uns, pour montrer qu’Israël accepte sa responsabilité. Et pour les autres, Israël devra prendre la tête d’un vaste effort d’indemnisation » Lire la suite et partager »

Films, Radio : émissions 2012

Avec Sombras, Oriol canals porte la parole des migrants au cinéma.

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Écoutez l’émission du 24 septembre avec Oriol Canals

Rencontre avec Oriol Canals, l’auteur de ce film magnifique qui, en faisant entendre leurs voix rend la dignité à ces migrants, échoués en Espagne, mais dont le rêve a fait naufrage. Construit, travaillé, ciselé, ce documentaire ne fait pas que montrer la conditions des clandestins, il la fait sentir. Sans pathos, mais de manière implacable.De Sombras, c’est encore son réalisateur qui en parle le mieux :  « Barcelone, un jour de juin 2000. Aujourd’hui encore, cette légère appréhension avant d’allumer le poste à l’heure du journal télévisé. Je sais déjà que deux bateaux ont fait naufrage au large des côtes andalouses, comme cela arrive de plus en plus souvent, et que très peu de passagers ont survécu. Je me prépare au défilé d’images qui vont m’assaillir : embarcations déchiquetées, cadavres sans nom, naufragés transis de froid, et visages emmurés dans le mutisme, tandis qu’une voix égrènera le triste décompte des morts, des disparus et des survivants. Je sais aussi que ces images me plongeront dans un état de perplexité et de malaise que je connais bien. Mon cœur se soulève à l’idée que de telles choses se produisent encore et encore dans mon pays, sans que rien ni personne ne puisse apparemment l’empêcher. Notre société, dit-on, a atteint un haut niveau de civilisation, et c’est peut-être vrai, mais alors ces faits en constituent le trou noir, insondable et obscène. D’après certaines estimations, chaque année près de quatre mille personnes périssent noyées au large de Gibraltar ou des îles Canaries. De quoi est faite une société qui assiste indifférente à une telle horreur ? Est-il possible de condamner à mort des milliers de personnes au nom de l’équilibre social et économique ? Sommes-nous du moins conscients du prix que nous faisons payer à autrui ?

Cependant, je sais aussi que cette nouvelle sera aussitôt chassée par d’autres, que cet obscur malaise s’estompera et que peu à peu, reprenant mes activités quotidiennes, j’en viendrai à oublier ce que j’ai vu ou lu. Tout au plus, en croisant un Africain dans les rues de Barcelone, me demanderai-je vaguement s’il est lui-même l’un de ces “survivants des flots”. C’est là tout ce qui restera de mon indignation et de ma honte, jusqu’à la prochaine fois où j’allumerai mon poste de télévision en sachant qu’un nouveau cortège de morts silencieuses m’y attend.

Il en a été ainsi pendant un certain temps, jusqu’au jour, il y a déjà sept ans, où cette sensation oppressante a refusé de me quitter. J’ai commencé à garder les coupures de presse, à rechercher des ouvrages et des documentaires sur la question et à regarder plus attentivement les cercles d’Africains dans les rues et sur les places de ma ville. C’est là aussi qu’un deuxième sentiment, la curiosité, a commencé à poindre puis à mûrir lentement jusqu’à se transformer en une envie de plus en plus nette de m’approcher de ces hommes : des hommes qui risquent leur vie pour atteindre cet Eldorado moderne qu’est le “rêve occidental” ; des gens dont on ne parle que pour en dénombrer les cadavres ; des gens que la mer engloutit par milliers et dont on ne saura jamais rien. Qui sont-ils ? Quelles histoires y a-t-il derrière cette hécatombe ? Que deviennent les survivants?

Au début de l’été 2005 je suis enfin passé à l’action, mû par un vague sentiment d’urgence. Je louai une voiture, pris mon matériel de tournage et partis à la rencontre des rescapés.

Sept ans et beaucoup d’aventures plus tard, le film existe. Au cours de sa fabrication, j’ai rencontré des personnes d’un grand courage, qui ont su rester debout, malgré des difficultés souvent inimaginables. Il me reste seulement à espérer que le travail qu’eux et moi avons fait ensemble soit à la hauteur de ce qu’ils sont et de ce qu’ils ont su donner au spectateur, et qu’il serve, ne serait-ce que le temps d’un film, à éclairer les ombres d’une belle lumière et à leur rendre leur dignité.

Alcarràs, un village perdu dans une vaste plaine agricole, au nord de l’Espagne. Je ne connais personne ici, et personne ne me connaît. Mais je sais que le temps de la récolte arrive et qu’ils seront au rendez-vous.

Eux, les rescapés d’une hécatombe silencieuse. Eux, cette multitude discrète, presque fantomatique, cette toile de fond sur laquelle s’écoule paisiblement la vie du village. Deux univers parallèles, vivant côte à côte mais séparés par un fossé invisible, sans un contact, sans un regard.

Je suis bouleversé par la profondeur de leur parole, par sa nature cathartique, par ce retour obsessionnel sur l’empreinte des souffrances endurées, sur le réveil amer du « rêve occidental », sur la honte insurmontable de l’échec, sur la folie, sur la mort et le destin…

C’est à partir de là que le film prend forme dans mon esprit : c’est cette parole qui va lui donner sa « chair », et autour de ces voix, tressées comme un récit collectif, se déroule une mosaïque de propos, de personnages, d’histoires, de lieux et de scènes, un puzzle traversé par des liens souterrains entre la parole et l’image.

Je ne veux pas décrire : surtout pas de film à thèse, pas de plaidoyer… Inscrire ces hommes dans la réalité de leur voyage sans fin et du travail clandestin, oui, mais en tâchant surtout d’épouser leur position dans le monde, de devenir en quelque sorte le passeur de leur univers intime, afin de restituer cette « vie suspendue » qui est le lot de l’existence clandestine, et de rendre à ces personnes une place à part entière dans le monde des « vivants ». Je favorise donc une certaine déréalisation de l’environnement physique afin de souligner l’étrangeté d’un paysage amorphe et de ses espaces chaotiques et frontaliers, vaincus par un dérèglement insidieux, qui forment la géographie de la clandestinité. Lire la suite et partager »

Films, Radio : émissions 2012

Comment préserver la diversité et la gratuité des semences paysannes ?

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Ecoutez l’émission du lundi 1er octobre avec Nathanael Coste et Marie Gabelou

A l’occasion de la sortie en DVD  du film »Les semenses prennent le maquis », coproduit par l’association Terre & Humanisme, initiée par Pierre Rabhi (photo), et qui œuvre depuis 1994 à la transmission de l’agro-écologie pour l’autonomie alimentaire des populations et la sauvegarde des patrimoines nourriciers, les deux réalisateurs, Nathanael Coste et Marie Gabelou présentent dans Liberté sur Paroles, les enjeux de la préservation des semences paysannes.

En Afrique de l’Ouest comme ailleurs, des semences hybrides et OGM gourmandes en intrants chimiques sont commercialisées et remplacent peu à peu les semences locales. Ces changements de pratique menacent l’autonomie alimentaire des populations. Des associations agroécologistes françaises et africaines se mobilisent pour conserver les semences paysannes. Ce film suit une rencontre militante de paysans venus de toute l’Afrique de l’Ouest pour se former aux techniques de production de semences maraîchères. Il donne la parole à des agroécologistes africains qui prennent conscience des enjeux autour de l’autonomie semencière et s’engagent pour défendre leur droit à l’alimentation.

Les semences prennent le maquis (Bande annonce)

50 agro-écologistes africains, venus du Mali, du Burkina Faso, du Togo et du Bénin se sont reunis pour se former aux techniques de production et de conservation de semences et pour s’informer sur les législations. Terre & Humanisme, AIDMR, BEDE et CAPROSET des associations engagées pour la souveraineté alimentaire ont co-organisé la rencontre.

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